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Pierre et colombages

Rejointoiement à la chaux, jamais au ciment, sur un mur ancien de l'Yonne

5 min de lecturePierre et colombages
Rejointoiement à la chaux, jamais au ciment, sur un mur ancien de l'Yonne

Sur les murs anciens en pierre ou à pans de bois de la vieille ville de Joigny, comme sur la plupart des bâtis traditionnels de l'Yonne, le choix du mortier de rejointoiement pèse bien plus lourd qu'il n'y paraît. Un même geste, refaire un joint, peut soit prolonger la vie d'un mur ancien, soit accélérer sa dégradation, selon le liant retenu.

Un mur ancien construit pour respirer

Les maçonneries anciennes en pierre calcaire, tout comme les remplissages en torchis des pans de bois, ont été conçues avec des matériaux capables de laisser circuler l'humidité à travers leur épaisseur. L'eau qui pénètre par capillarité ou par ruissellement finit par ressortir progressivement, sans stagner durablement dans la masse du mur. Cette capacité à laisser passer la vapeur d'eau, souvent résumée par l'idée d'un mur qui respire, dépend directement de la perméabilité des matériaux employés, joints compris. Un mortier trop dense rompt cet équilibre, même s'il paraît, à première vue, plus solide.

Pourquoi la chaux reste le liant de référence

Un mortier à base de chaux conserve une porosité proche de celle de la pierre ou du torchis qu'il assemble. L'eau qui transite dans le mur peut ainsi continuer de s'évaporer par le joint, sans être piégée derrière une barrière plus imperméable. La chaux offre par ailleurs une certaine souplesse, qui accompagne les légers mouvements naturels d'un mur ancien (dilatation thermique, tassements très progressifs) sans se fissurer aussi facilement qu'un matériau plus rigide. Cette double qualité, perméabilité et souplesse, explique pourquoi le mortier de chaux reste la référence sur ce type de bâti, bien après que d'autres liants sont devenus courants dans la construction plus récente.

Joint de chaux fraîchement posé entre deux moellons de pierre calcaire, texture légèrement granuleuse et teinte claire

Ce que produit un mortier de ciment sur ce même mur

Un mortier de ciment, plus dense et beaucoup moins perméable, bloque l'évaporation de l'humidité au niveau du joint. L'eau contenue dans le mur, ne pouvant plus s'échapper par ce point, cherche une autre issue : elle migre souvent vers la pierre ou le torchis voisin, qui se retrouve alors sollicité au-delà de ce qu'il peut supporter durablement. Ce phénomène explique un constat fréquent sur les murs anciens rejointoyés au ciment par le passé : ce n'est pas le joint lui-même qui se dégrade en premier, mais la pierre ou le remplissage qui l'entoure, qui s'effrite ou se désagrège plus vite qu'avant cette intervention. Le mortier de ciment, en apparence plus robuste, finit ainsi par fragiliser ce qu'il devait protéger.

Une rigidité qui ne pardonne pas les mouvements naturels

Au-delà de la question de l'humidité, la rigidité du ciment pose un second problème sur un mur ancien. Une maçonnerie traditionnelle bouge légèrement au fil des saisons, sous l'effet des écarts de température ou d'une humidité variable du sol environnant. Un joint souple absorbe ces mouvements sans se fissurer. Un joint rigide, en revanche, transmet la contrainte directement à la pierre, qui peut alors se fissurer à son tour, à l'endroit précis où le joint refuse de céder. Ce mécanisme touche particulièrement les murs mixtes, où pierre et pan de bois cohabitent sur une même façade, comme c'est le cas dans plusieurs bâtiments anciens de Joigny construits en pente sur le coteau.

Repérer un rejointoiement déjà réalisé au mauvais liant

Un mur ancien qui a déjà fait l'objet d'un rejointoiement au ciment, parfois plusieurs décennies auparavant, présente souvent des signes reconnaissables : une teinte grise plus uniforme que celle d'un joint de chaux, une dureté nettement supérieure à celle de la pierre voisine, et des zones où la pierre elle-même montre un effritement localisé à proximité immédiate du joint. Ce repérage préalable oriente la décision : reprendre un rejointoiement existant en ciment demande souvent de retirer ce mortier avant de reposer un mortier de chaux, une étape supplémentaire qui n'est pas nécessaire sur un mur jamais rejointoyé qu'avec ce liant.

Un choix qui se vérifie devant le mur, jamais à distance

La composition exacte d'un mortier de chaux, comme la teinte du sable qui entre dans sa formulation, se choisit devant le mur concerné, en tenant compte de la pierre ou du bois déjà en place. Cette vérification fait partie du repérage préalable à tout chiffrage, qui permet de distinguer un simple rafraîchissement de joints d'une reprise plus large impliquant le retrait d'un ancien mortier inadapté. Aucun protocole standard ne remplace cette observation directe, tant les murs anciens du département varient d'un bourg à l'autre, et parfois d'un pan de mur à l'autre sur un même bâtiment.

Un temps de séchage plus long, à intégrer au calendrier

Un mortier de chaux durcit plus lentement qu'un mortier de ciment, un délai supplémentaire qui surprend parfois un propriétaire habitué aux standards de la construction plus récente. Cette lenteur relative n'est pas un défaut du matériau : elle correspond au rythme naturel de carbonatation de la chaux, un processus progressif qui explique aussi sa souplesse durable une fois le mortier stabilisé. Intégrer ce délai dans le calendrier d'un chantier de rejointoiement, plutôt que de le découvrir en cours de travaux, évite une impatience mal placée face à un matériau qui a pourtant fait ses preuves sur des murs vieux de plusieurs siècles.

Une décision qui engage la façade sur le long terme

Le choix du liant de rejointoiement ne se limite pas à une question d'aspect. Il conditionne la façon dont le mur continuera, ou non, à évacuer l'humidité qu'il reçoit naturellement au fil des saisons. Sur un bâti ancien comme celui que l'on trouve à Joigny et dans les autres bourgs de l'Yonne, revenir à un mortier de chaux, y compris pour corriger un rejointoiement au ciment mal adapté posé par le passé, reste le geste qui protège le plus durablement la pierre et le bois qui composent la façade.

FAQ

Questions fréquentes

Le ciment est-il toujours à proscrire sur un mur ancien ?

Sur un mur en pierre ou en pan de bois construit avant la généralisation du ciment, un mortier de chaux reste presque systématiquement plus adapté, car il conserve une souplesse et une perméabilité proches du matériau d'origine. Un cas particulier mérite toujours d'être vérifié sur place plutôt que tranché par principe général.

Comment savoir si un rejointoiement précédent a été fait au ciment ?

Un joint au ciment se reconnaît souvent à sa teinte grise uniforme, à sa dureté supérieure à celle de la pierre environnante, et à l'absence de légère porosité au toucher qui caractérise un mortier de chaux. En cas de doute, un examen sur place lève l'ambiguïté avant toute décision de reprise.

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